FRIEDRICH NIETZSCHE, Ecce Homo
POURQUOI J'ÉCRIS DE SI BONS LIVRES
1
Je suis une chose, mon oeuvre en est une autre.
Avant de parler de cette oeuvre elle-même je voudrais
d'abord dire un mot de l'intelligence ou de l'incompréhension qu'elle
a rencontrées dans le public. Je le fais avec toute la nonchalance
qui peut convenir à cette question : car elle est encore prématurée.
Et moi-même j'anticipe aussi, puisque plusieurs de mes écrits
ne verront le jour qu'après ma mort.
Un jour viendra où l'on aura besoin d'institutions
et pour vivre et pour enseigner comme j'entends qu'on enseigne et qu'on
vive ; peut-être fondera-t-on même quelques chaires spéciales
pour l'interprétation du Zarathoustra. Mais je serais en complète
contradiction avec moi-même si j'attendais dès aujourd'hui
des oreilles faites pour mes vérités, des mains à
la taille de mes cadeaux ; qu'on ne m'écoute pas maintenant, qu'on
ne sache rien prendre de moi encore, non seulement c'est compréhensible,
mais c'est aussi la justice même. Je ne veux pas qu'on me confonde
avec quelque autre ; il faut donc bien que moi, d'abord, je ne confonde
pas.
Je le répète, je n'ai rencontré
dans ma vie que bien peu de « mauvaise volonté » ; même
littéraire : il me serait très difficile de pouvoir en citer
un cas. Mais, en revanche, que d'ignorance !... Il me semble que c'est
un des plus rares honneurs que quelqu'un se puisse faire à lui-même
que de prendre en main un livre de moi, - je suppose même qu'il enlève
ses souliers, pour ne pas parler de ses bottes, quand il entre dans ces
lieux saints... Un jour que le Dr Henri de Stein se plaignait loyalement
à moi de ne pas comprendre un mot de mon Zarathoustra, je lui répondis
que c'était dans l'ordre . qu'en comprendre seulement six phrases,
c'est-à-dire les avoir vécues, élevait un mortel à
un degré plus haut que le niveau où peuvent atteindre les
gens d'aujourd'hui. Comment, avec un tel sentiment des distances, pourrais-je
seulement souhaiter d'être lu par ceux d'entre eux que je connais
?
Mon triomphe est l'opposé de celui de Schopenhauer
; je dis : non legor, non legar [Je ne suis pas lu, je ne serai pas lu].
Je me garderais bien de mépriser la joie que m'a procurée
maintes fois la candeur de ceux qui refusent mon oeuvre. Pas plus tard
que cet été, à un moment où le sérieux,
le trop grand sérieux de mes écrits était capable
de déplacer le centre de gravité de toute la littérature,
un professeur de l'université de Berlin me donna bienveillamment
entendre que je ferais tout de même mieux de me servir d'une autre
forme : que personne ne lirait pareil écrit.
Mais, en fin de compte, ce fut la Suisse et non l'Allemagne
qui me fournit les deux cas les plus beaux. L'article du Dr Widmann, paru
dans le Bund, au sujet de Par-delà le Bien et le Mal sous le titre
« Un livre dangereux de Nietzsche », et le compte rendu général
de mes ouvrages rédigé dans le même Bund par M. Karl
Spitteler sont un maximum dans ma vie... Je n'aurais garde de dire de quoi...
M. Spitteler traitait par exemple mon Zarathoustra d' « exercice
de haute école stylistique », en exprimant le souhait de me
voir, à l'avenir, pourvoir aussi au contenu ; quant au Dr Widmann,
il m'exprimait son respect pour le courage avec lequel je m'efforçais
d'extirper du monde tous les sentiments convenables. Une petite malice
du hasard faisait, avec une conséquence que j'ai vivement admirée,
de chaque phrase de cet article une vérité à rebours
: on n'avait au fond, disait-il, qu'à renverser toutes les valeurs
pour toucher avec moi remarquablement juste... Raison de plus pour expliquer.
Personne ne peut trouver, après tout, dans les
choses, même dans les livres, rien d'autre que ce qu'il sait déjà.
Quand l'expérience ne vous a pas ouvert l'oreille à un sujet
on reste sourd à ce qui s'en dit. Représentons-nous le cas
limite d'un livre parlant d'expériences situées complètement
en dehors des possibilités d'une expérience courante ou même
rare, d'un livre parlant pour la première fois le langage d'un nouveau
pays. On n'entendra exactement rien, et, trompé par l'acoustique,
on se figurera que, puisqu'on n'entend rien, c'est qu'il n'y a rien...
C'est ce qui arrive à mes lecteurs dans la plupart des cas, c'est
ce qui fait l'originalité de mon expérience. Bien des gens
se sont figuré m'avoir compris pour s'être arrangé
à leur image une - idée de moi qui était souvent à
l'opposé de la vérité, en me prenant, par exemple,
pour un « idéaliste », et ceux qui n'avaient rien compris
me déniaient toute espèce de valeur.
Le mot « Surhomme » dont j'usais pour désigner
un type d'une perfection absolue, par opposition aux hommes « modernes
», aux « braves » gens, aux chrétiens et autres
nihilistes, et qui, dans la bouche d'un Zarathoustra, devait donner à
réfléchir, ce mot a presque toujours été employé
avec une candeur parfaite au profit des valeurs dont le personnage de Zarathoustra
illustre l'opposé, pour désigner le type « idéaliste
» d'une race supérieure d'hommes, moitié « saints
», moitié « génies »... à son sujet,
d'autres ânes savants m'ont soupçonné de darwinisme
; on a même voulu retrouver à l'origine de ma création
le « culte des héros » de Carlyle, « ce faux monnayeur
inconscient », alors que j'avais pris un malin plaisir à n'en
pas tenir compte. Quand je soufflais à quelqu'un de chercher chez
les Borgia plutôt que chez les Parsifal, il n'en croyait pas ses
oreilles. II faudra me pardonner de n'être pas curieux des critiques
de mes livres, et surtout de celles qui paraissent dans la presse. Mes
amis et mes éditeurs le savent et ne m'en parlent pas. Dans un cas
particulier j'ai pu voir réunis sous mes yeux tous les péchés
perpétrés par la presse au sujet d'un de mes ouvrages - Par-delà
le Bien et le Mal - ; et je pourrais en conter long à ce sujet.
Croirait-on que la Gazette nationale - journal prussien, je le mentionne
pour renseigner mes lecteurs étrangers, - moi je ne lis que les
Débats -, croirait-on . donc que la Gazette nationale a vu dans
ce livre un « signe du temps », la vraie philosophie du hobereau
prussien, une théorie que la Gazette de la Croix, avec un peu plus
d'audace, aurait soutenue aussi !
2
Ceci a été dit pour l'Allemagne car partout
ailleurs j'ai des lecteurs, intelligences d'élite uniquement, caractères
éprouvés, formés par des situations et des tâches
supérieures ; je compte même des génies parmi eux.
A Vienne, à Saint-Pétersbourg, à Stockholm, à
Copenhague, à Paris et à New York, en tous lieux on m'a découvert
: on ne m'a pas découvert en Allemagne, ce plat pays de l'Europe...
Il faut que je l'avoue, je suis encore plus content de ceux qui ne me lisent
pas, de ceux qui n'ont jamais entendu ni mon nom ni le mot de philosophie
; où que j'aille, ici à Turin, par exemple, tout visage s'épanouit
et s'adoucit à ma vue. Ce qui m'a le plus flatté jusqu'ici,
c'est que toutes les revendeuses n'ont de cesse queues ne m'aient choisi
les plus mûrs de leurs raisins. Voilà jusqu'où doit
aller la philosophie... Ce n'est pas en vain qu'on appelle les Polonais
des Slaves français. Une charmante Russe ne se trompera pas un instant
sur mes origines. Je ne peux pas réussir à être solennel,
je n'arrive, au maximum, qu'à l'embarras... Penser allemand, sentir
allemand.... je suis capable de tout, mais cela dépasse mes forces...
Mon vieux maître Ritschl prétendait même que je concevais
mes dissertations philosophiques comme un romancier parisien, d'une façon
ridiculement captivante. A Paris on est étonné de «
toutes mes audaces et finesses » - l'expression est de monsieur Taine
- ; je crains qu'on ne trouve chez moi jusque dans le plus haut lyrisme
du dithyrambe un grain de ce sel qu'on appelle esprit, qui ne s'affadit
jamais ni ne se germanise... Je ne saurais faire autrement. Dieu me vienne
en aide. Amen !
Nous savons tous, et certains même par expérience,
ce que c'est qu'un oreillard. Eh bien ! j'ose affirmer que j'ai les plus
petites oreilles du monde. C'est un détail qui ne sera pas sans
intéresser les dames, elles s'en sentiront mieux comprises de moi...
Je suis l'anti-âne par excellence, un monstre historique par conséquent,
je suis l'antichrétien en grec, et aussi dans bien d'autres langues...
3
Je ne suis pas sans connaître mes privilèges
d'écrivain ; dans certains cas j'ai pu constater combien le goût
se « corrompt » au contact de mes ouvrages. On n'en peut tout
simplement plus souffrir d'autres, surtout s'ils traitent de philosophie.
C'est une faveur sans égale que de pouvoir pénétrer
dans ce monde délicat et distingué, - il ne faut pas être
Allemand ! C'est une faveur, en fin de compte, qu'il faut s'être
méritée. Mais si l'on m'est apparenté par la hauteur
du vouloir, on y goûte les vraies extases de l'étude car je
viens des altitudes que nul oiseau n'atteignit, je sais des gouffres où
nul pas ne s'est jamais aventuré. On m'a dit qu'il était
impossible de lâcher un de mes livres et que je troublais même
le sommeil de la nuit... Il n'est sorte d'ouvrages plus fière et
plus raffinée ; ils touchent parfois au maximum qu'on puisse atteindre
sur la terre, le cynisme ; il faut pour les conquérir des doigts
subtils et des poings vaillants. Toute décrépitude de l'âme
en empêche définitivement, et même toute dyspepsie.
Il ne faut pas avoir de nerfs, il faut avoir des entrailles joyeuses. Ce
n'est pas uniquement la pauvreté de l'âme, l'air ranci de
ses recoins qui excluent de mes domaines, mais bien plutôt la lâcheté,
la malpropreté, la rancune sournoise qui se tapissent dans les entrailles.
Un mot de moi fait monter au visage tous les mauvais instincts. J'ai parmi
mes connaissances plusieurs cobayes sur lesquels j'étudie les diverses
réactions - très instructives - que provoquent mes écrits.
Ceux qui veulent en ignorer le fond, mes prétendus amis, par exemple,
deviennent aussitôt « impersonnels » : on me félicite
d'être de nouveau « arrivé à ça »,
et on remarque aussi un progrès dans la sérénité
du ton... Les esprits complètement « vicieux », les
« belles âmes », celles qui ne sont qu'un tissu de mensonge,
ne savent que faire de ces livres ; aussi leur belle logique de «
belles âmes » les considère-t-elle comme au-dessous
d'eux. Les bourriques de ma connaissance - des Allemands seulement, avec
votre permission - me donnent à entendre qu'évidemment on
n'est pas toujours de mon avis, mais qu'il y a pourtant des passages...
On m'a dit ça de Zarathoustra !... Tout « féminisme
», même chez l'homme, me ferme la porte : il empêchera
toujours d'entrer dans mes téméraires labyrinthes du Savoir.
Il faut ne s'être jamais épargné, il faut avoir la
dureté pour habitude si l'on veut rester gaillard et joyeux sous
cette pluie de rudes vérités. Si je cherche à me représenter
mon lecteur parfait j'imagine toujours un monstre de courage et de curiosité,
avec aussi quelque chose de souple, de rusé, de circonspect, un
aventurier, un explorateur. En fin de compte je ne saurais mieux définir
que ne l'a fait Zarathoustra les seuls lecteurs auxquels je m'adresse à
qui, et à qui seul, veut-il raconter ses énigmes ?
« A vous les chercheurs téméraires,
les risqueurs, et à tous ceux qui s'embarquent avec des voiles astucieuses
sur les terribles mers, -
« à vous tous qu'enivre l'énigme
et qui adorez la pénombre, et dont l'âme est attirée
par des concerts de flûtes vers tous les gouffres dangereux :
« - car vous ne voulez pas vous condamner à
suivre d'une main lâche un fil d'Ariane, et quand vous pouvez deviner
vous détestez ouvrir les portes. »
4
Je tiens encore à dire un mot de mon style. Le
but de tout style est de communiquer par des signes, y compris le rythme
de ces signes, un état psychologique, une tension des sentiments
; la multiplicité des états psychologiques étant chez
moi extraordinaire j'ai un grand nombre de styles possibles et je possède
l'art du style le plus varié dont ait jamais disposé un humain.
Tout style est bon qui réussit réellement à communiquer
'un étai psychologique, qui ne se trompe pas dans le choix des signes,
dans leur rythme, qui ne fait pas de geste à faux - les lois de
la période ne sont qu'un art des gestes. Mon instinct est infaillible
sur ce point.
Le bon style en soi est une pure sottise, un «
idéalisme » quelconque, à peu près comme le
« beau en soi », le « bon en soi », la «
chose en soi »... évidemment je présuppose un auditeur,
j'admets un auditoire qui soit capable et. digne d'éprouver des
sentiments égaux à celui du styliste, j'admets qu'il existe
des gens auxquels on ait le droit de se communiquer. - Hélas ! mon
Zarathoustra cherche encore cet auditoire, il le cherchera longtemps !
Il faudrait être digne de le juger... En attendant il n'y aura personne
pour comprendre l'art gaspillé là. Jamais personne n'a eu
à jeter au vent autant de moyens. nouveaux, autant de procédés
d'une telle pertinence. Il restait encore à prouver que pareille
chose fût possible en allemand : autrefois j'eusse été
le premier à le nier. Avant moi on ne savait pas ce que pouvait
la langue allemande, ce que peut une langue quelconque. L'art du grand
rythme, le grand style de la période, l'adaptation de l'expression
au formidable balancement d'une passion sublime et surhumaine, c'est moi
qui les ai découverts ; avec un dithyrambe comme celui qui termine
le troisième Zarathoustra et s'intitule : « Les sept sceaux
», d'un seul bond j'ai dépassé de mille lieues ce qu'on
avait appelé jusqu'alors poésie.
5
C'est un psychologue sans égal qui s'exprime dans
mes écrits ; voilà peut-être la première conclusion
à laquelle arrive un lecteur sérieux, un lecteur tel que
je le mérite, un homme qui me lit comme les bons philologues d'autrefois
lisaient leur Horace. Les propositions qui réunissent les suffrages
de tout le monde - sans parler de l'approbation des philosophes de ce tout
le monde, moralistes, têtes creuses et autres têtes de choux
- ces propositions n'apparaissent chez moi que comme de candides méprises
cette croyance, par exemple, d'après laquelle il y aurait antithèse
entre « altruisme » et « égoïsme »,
alors que l'ego lui-même n'est qu'une « duperie supérieure
», un « idéal »... Il n'est d'actes ni «
égoïstes » ni « altruistes » : ces deux idées
sont des contresens psychologiques. Il en va de même des propositions
: « L'homme aspire au bonheur »..., ou « Le bonheur est
la récompense de la vertu »... ou, « Le plaisir et la
peine sont des antithèses »... La morale, Circé de
l'humanité, a faussé - moralisé tout ce qui ressort
du domaine psychologique, au point d'affirmer, non-sens effroyable, que
l'amour est un sentiment « non égoïste »... II
faut avoir une solide assiette, il faut se tenir bravement sur ses deux
jambes pour être capable d'aimer. Les femmes ne le savent que trop
: elles se moquent des hommes désintéressés, des hommes
uniquement objectifs, comme de leur première chemise... Puis-je
affirmer, en passant, que je connais bien les femmes ? Cela fait partie
de mon patrimoine dionysiaque. Qui sait ? Peut-être suis-je le premier
psychologue de l'éternel féminin. Elles m'aiment toutes,
c'est une vieille histoire, excepté les catastrophées, les
« émancipées », celles qui manquent d'étoffe
pour faire des enfants. Je ne suis pas disposé, heureusement, à
me laisser mettre en morceaux : car la femme parfaitement femme déchire
toujours ce qu'elle aime... Je connais bien ces aimables Furies... Quels
dangereux et rampants et infernaux petits rapaces ! Et si agréables,
en même temps !... Une petite femme à la poursuite de sa vengeance
bousculerait le destin lui-même ! La femme est infiniment plus méchante
que l'homme, et plus intelligente aussi ; la bonté est presque chez
elle une forme de dégénérescence... Chez presque toutes
celles qu'on appelle de « belles âmes » il y a au fond
quelque malaise physiologique, - je m'arrête pour ne pas devenir
médicynique. Quand elles luttent pour conquérir des droits
égaux à ceux de l'homme c'est un symptôme de maladie
: nul médecin ne l'ignore. La femme vraiment femme repousse, au
contraire, des pieds et des poings. toute espèce de « droits
» : l'état de nature, l'incessante guerre des sexes lui assure
facilement la suprématie.
A-t-on bien compris ma définition de l'amour ?
C'est la seule digne d'un philosophe. L'amour ? une guerre quant aux moyens
; quant à l'essence : la haine mortelle des sexes. A-t-on entendu
ma réponse à la question : Comment guérit-on une femme
? comment opère-t-on son « salut » ? C'est en lui faisant
un enfant. C'est d'enfants qu'a besoin la femme, l'homme n'est jamais qu'un
moyen : ainsi parlait Zarathoustra.
« Emancipation de la femme » ? Haine instinctive
de la femme ratée, c'est-à-dire stérile, envers la
femme bien conformée ; la lutte contre l'homme n'est jamais qu'un
moyen, un prétexte, une tactique. En se donnant à elle-même
les titres de « femme en soi », « femme supérieure
», « femme idéaliste », la femme ratée
tend à rabaisser le niveau hiérarchique de la femme ; nul
moyen plus sûr, à ces fins, que la formation du lycée,
les culottes et les droits politiques de la bête électorale.
Les émancipées sont, au fond, des anarchistes dans le monde
de l' « éternel féminin », celles qui s'en sont
mal tirées et qui cherchent à s'en venger... Il y a toute
une variété de cet « idéalisme » perfide
- qu'on rencontre d'ailleurs aussi parmi les hommes, chez Henrik Ibsen,
par exemple, cette vieille fille typique, - il y a toute une variété
de cet « idéalisme » qui ne tend qu'à empoisonner
la bonne conscience, le naturel de l'amour sexuel... Et pour ne laisser
aucun doute sur mon opinion en ces matières, opinion aussi honnête
que stricte, je citerai encore un article de mon code moral contre le vice
; je combats sous le nom de vice tout ce qui va contre la nature, tout
« idéalisme » dirai-je pour les amateurs de jolis mots.
- Voici l'article Prêcher la chasteté c'est exciter publiquement
à violer les lois de la nature. Mépriser la vie sexuelle,
la souiller par l'idée de « souillure », c'est le vrai
crime de lèse-existence, le vrai péché contre le «
Saint-Esprit de la Vie ».
6
Pour donner une idée du psychologue que je suis,
j'extrais de Par-delà le Bien et le Mal une curieuse description
psychologique ; j'interdis d'ailleurs d'en chercher la clé : «
Le génie du coeur tel que le possède ce grand Mystérieux,
ce dieu tentateur, ce charmeur de rats des consciences, dont la voix sait
envahir jusqu'aux souterrains des âmes, qui ne dit pas un mot, ne
lance pas un regard où la séduction ne se tapisse, et qui
a l'art - c'est un de ses grands tours de savoir paraître non tel
qu'il est mais tel qu'il faut être pour lier davantage à ses
pas ceux qui le suivent et les obliger à se presser plus étroitement
à ses cotés pour l'escorter d'une façon toujours plus
fervente et parfaite... Le génie du coeur qui force à se
taire, à obéir tous les bruyants, les vaniteux, qui polit
les âmes grossières et leur donne, nouveau désir, l'envie
d'être lisses comme un miroir pour refléter le ciel profond...
Le génie du coeur qui enseigne aux mains maladroites et impatientes
le tact et la modération, qui devine les trésors cachés,
la goutte de bonté et de délicatesse sous la glace épaisse
et trouble, le génie du coeur, baguette magique qui révèle
le moindre grain d'or enfoui dans la boue et le sable... Le génie
du coeur que personne ne saurait toucher sans s'enrichir, non qu'on le
quitte écrasé comme par des biens venant d'un autre , mais
plus riche dans sa propre substance, plus neuf à soi qu'auparavant,
débloqué, pénétré, surpris comme par
un vent de dégel, plus incertain peut-être, plus délicat,
plus fragile, plus brisé, mais plein d'espérances encore
sans nom, plein de nouveaux vouloirs et de nouveaux courants, plein de
nouveaux contre-vouloirs et de nouveaux contre-courants... »
Suite
Contenu